domingo, 17 de febrero de 2008

MADRID ES UN SER VIVO




Madrid es un ser vivo, multiforme y caótico, cuyos órganos están superpuestos y funcionan todos a la vez. Sobre Madrid cae el tiempo y los reinados y los gobiernos, y lo que nos dejó la gente que ha vivido antes que nosotros se monta directamente encima de los restos de lo que ya fue, como si se tratara de capas de maquillaje que tapan los cráteres que las bombas han abierto. Bajo el caos de las idas y venidas, de las arterias comerciales iluminadas, de los helicópteros que surcan los cielos a baja altura, de los bulevares arbolados surcados por los coches de la policía, aquéllos por los que discurrieron los antiguos autos de fe y las manifestaciones de los que pidieron la libertad a gritos, bajo el suelo gris horadado por varios niveles de túneles y conducciones, se esconde el corazón contaminado de una pequeña ciudad de provincias que los domingos por la tarde se paraliza mientras llueve, y se calla al menos por un rato.
En el edificio de la Telefónica, que sirve de eje sobre el que da vueltas la Gran Vía, un simulacro castizo de Broadway o de un Oxford Street que quiere ser cosmopolita, hay un reloj. Nadie lo mira cuando pasa por debajo, así que casi nadie sabe si da bien la hora. Cuando Madrid era el símbolo de la pervivencia del gobierno republicano, las tropas nacionales apuntaban con sus cañones a la torre porque la Telefónica era el edificio más alto de la ciudad, y si se disparaba a la Telefónica resultaba más sencillo hacer puntería. Desde arriba era fácil ver los campos circundantes (por entonces no estaban tan lejos) y, si se aguzaba la vista, incluso a las ovejas pastando por los prados del Batán. Madrid se extiende sobre una planicie, de espaldas al río donde antaño lavaban las mujeres, y poco más. Nadie va al río a pasear, no lo frecuentan ni los patos, ni siquiera los mendigos, y sólo de vez en cuando se ve a un par de enamorados. Pero casi nunca hay nadie porque los madrileños somos gentes de secano. Por eso, cuando llueve, Madrid se paraliza y se convierte en una ratonera. Lo cierto es que no sabemos vivir con agua: los túneles se anegan, los semáforos se estropean, los policías municipales se echan a las calles buscando algo, el metro se para y las mujeres mayores se resbalan en plena calle y saturan las urgencias. Las sirenas de las ambulancias se oyen desde veinte manzanas de distancia. En el lago del parque del Retiro viven percas inmemoriales, imposibles de atrapar, voraces comedoras de todo tipo de desechos: se alimentan de ganchitos, de restos de bocadillos, de latas vacías de refresco. Los madrileños pasean alrededor del lago e ignoran lo que ocurre dentro. Y el arco iris nunca se ve en la ciudad porque sobre el cielo hay una cúpula de humo gris; gris como los tiempos marmóreos que imponen los gobernantes que ocupan los últimos pisos de los edificios. Subiendo desde la calle del Carmen, una vez fuera de la corriente incesante de nativos y extranjeros cargados de bolsas, alguien pintó un mural en la pared de un hotel. Creo que es el único arco iris que se puede ver en Madrid, y eso porque alguien lo ha pintado ahí. Si no, ni eso. Los madrileños siempre vamos con prisa de un lado a otro, hasta cuando salimos del cine o de cenar en algún restaurante japonés o de alguna librería laberíntica. Debajo del arco iris del mural, uno de los pocos elementos verdaderamente alegres y creativos de la zona, el artista puso unas palabras de Tierno Galván. Las palabras del alcalde están borrosas, e imitan su caligrafía. Tierno Galván no era madrileño, pero casi ninguno de los que vivimos en esta ciudad lo somos de verdad. Todos somos en cierto modo recién llegados, y por eso exploramos las calles cada día y nos preguntamos constantemente dónde estarán los auténticos habitantes de la ciudad, dónde se habrán metido, y quiénes seremos nosotros en realidad, todo el día de acá para allá, sin poder parar ni un segundo, caminando sin descanso.

Pilar Adón



Madrid est un être vivant, multiforme et chaotique, dont les organes sont superposés et fonctionnent tous en même temps. Le temps tombe sur Madrid tout comme les règnes et les gouvernements, et ce que les gens qui ont vécu avant nous ont laissé se montent directement au-dessus des restes de ce qui a été, comme s'il s'agissait de couches de maquillage couvrant les cratères que les bombes ont ouverts. Dans le chaos des allers-venues, des artères commerciales illuminées, des hélicoptères qui sillonnent les cieux à basse altitude, des boulevards boisés sillonnés par les voitures de police, ceux-là même où se sont déroulés les anciens actes de foi, de même que les manifestations de ceux qui ont demandé la liberté à corps et à cris, sous le sol gris percé par plusieurs niveaux de tunnels et de conduits, se cache le coeur contaminé d’une petite ville de province qui est paralysée les dimanches après-midi car il pleut, et se tait par moment.
Sur la façade de l'édifice de la Compagnie Nationale du téléphone, qui sert d'axe à la Gran Vía, un pur simulacre de Broadway ou d'un Oxford Street qui se veut cosmopolite, il y a une horloge. Personne ne la regarde et donc presque personne ne sait si elle donne correctement l'heure. Lorsque Madrid était le symbole de la survie du gouvernement républicain, les troupes nationales mettaient en joue avec ses canons la tour parce que la Compagnie Nationale du téléphone était l’édifice le plus haut de la ville, et si on lui tirait dessus il semblait plus facile de réussir une visée. D’en haut, on voyait très bien les champs environnants (qui avant n'étaient pas si éloignés de la ville) et, si la vue était aiguisée, on voyait même des moutons paître dans les prés du Batán. Madrid s'étend sur une plaine, de dos à la rivière où autrefois les femmes lavaient, et rien d’autre. Personne ne va plus se promener le long de la rivière, les canards non plus, ni même les mendiants, et seulement de temps à autre on aperçoit un couple d'amoureux. Mais il n'y a presque jamais personne parce que nous les madrilènes sommes des gens de terrain sec. C’est pour cela que, quand il pleut, Madrid est paralysé et se convertit en souricière. Il est vrai que nous ne savons pas cohabiter avec l’eau : les tunnels s’innondent, les feux de circulation tombent en panne, les policiers municipaux se jettent dans les rues en cherchant quelque chose, le métro s’arrête et les vieilles dames glissent en pleine rue et saturent les urgences. Dans le lac du parc du Retiro vivent les perches immémoriales, impossibles d'attraper, mangeuses voraces de tout tipe de déchets : elles se nourrissent de vers, de reste de sandwiches, de cannettes vides. Les madrilènes se promènent autour du lac et ignorent ce qui se passe à l'intérieur. Et l'arc-en-ciel ne se voit jamais depuis la ville parce que sur le ciel il y a un nuage de fumée grise; gris comme les temps de marbre qu'imposent les gouvernants qui occupent les derniers étages des immeubles. En remontant la rue del Carmen, une fois hors d’atteinte du courant incessant de natifs et d’étrangers chargés de sacs, quelqu'un a peint une fresque sur le mur d'un hôtel. Je crois que c'est l'unique arc-en-ciel que l’on peut voir à Madrid, et ce parce que quelqu'un l'a peint à cet endroit. Nous les madrilènes sommes toujours pressés, même quand nous sortons du cinéma ou d’un dîner au restaurant japonais ou d'une librairie labyrinthique. Au-dessous de l'arc-en-ciel de la fresque, un des éléments vraiment joyeux et créatif du quartier, l'artiste a écrit quelques mots de Tierno Galván. Les mots du maire sont flous, et imitent sa calligraphie. Tierno Galván n'était pas originaire de Madrid, mais presque aucun de nous le sommes vraiment. D’une certaine manière nous sommes de nouveaux arrivants, et c’est pour cela que nous explorons chaque jour les rues et nous demandons constamment où se trouvent les authentiques habitants de la ville, où sont-ils, et qui sommes-nous en réalité, toute la journée d'un endroit à un autre, sans pouvoir s’arrêter une seule seconde, marchant sans repos.

AUTEUR DU TEXTE : PILAR ADÓN
PHOTO : ÁNGEL GÓMEZ ESPADA
DATE : 4 de Noviembre 2006
APPAREIL : Pentax Espio 140V

1 comentario:

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